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Manga

Un tankōbon, c’est quoi ? Le volume relié du manga, et les formats qui tournent autour

Kenji · 8 min de lecture
Un tankōbon, c’est quoi ? Le volume relié du manga, et les formats qui tournent autour

Un tankōbon (単行本) est le volume relié dans lequel un manga est rassemblé après la parution de ses chapitres en magazine. Une dizaine de chapitres, environ 190 pages, une jaquette couleur, un numéro sur le dos. C’est l’objet que le lecteur français appelle simplement un tome.

Le mot japonais dit « livre qui paraît seul ». Il s’oppose au magazine, qui fait cohabiter une vingtaine de séries dans le même pavé de papier. Et il ne désigne pas que du manga : au Japon, un roman ou un essai publié en volume est lui aussi un tankōbon. Le terme s’est rétréci au manga en franchissant les frontières.

Du chapitre hebdomadaire au volume relié

La chaîne japonaise se lit en deux temps. Le chapitre paraît d’abord dans un magazine de prépublication, au milieu de séries qui n’ont rien à voir entre elles. Ces gros recueils se sont multipliés à partir de 1959, sur du papier recyclé bon marché, et ils étaient faits pour être jetés une fois lus. Quand une série a accumulé de quoi remplir un livre, l’éditeur en récupère les chapitres et les réimprime seuls.

Le rythme est régulier. Wikipédia situe le regroupement des séries du Weekly Shōnen Jump en tankōbon, sous le label Jump Comics, tous les deux à trois mois. Un chapitre paru en janvier atterrit donc en librairie au printemps, et qui suit une série par les tomes lit avec un trimestre de retard sur ceux qui achètent le magazine.

Critère

Le magazine de prépublication

Le tankōbon

Rythme

Hebdomadaire ou mensuel

Tous les deux à trois mois chez Jump Comics

Format

B5, 176 × 250 mm

B6, 128 × 182 mm

Contenu

Plusieurs séries, un chapitre chacune

Une seule série, une dizaine de chapitres

Papier

Recyclé, bon marché

Meilleure qualité, jaquette couleur

Pages couleur

En ouverture de certains chapitres

Reprises en noir et blanc

Après lecture

Jeté

Gardé et numéroté

La ligne des pages couleur explique à elle seule la moitié des formats qui suivent. Un chapitre lancé en fanfare dans le magazine, avec ses premières planches en couleurs, se retrouve intégralement en gris dans le volume. Les couvertures dessinées pour chaque parution hebdomadaire disparaissent aussi. Reste l’histoire, débarrassée de la fête qui l’accompagnait.

Les sept formats japonais et ce qui les sépare

Une série qui marche est rarement publiée une seule fois. Dix ans après sa fin, l’éditeur la ressort dans un autre gabarit, avec un autre découpage, sous un nom qui indique ce qu’il a ajouté. Les dimensions et les caractéristiques ci-dessous viennent des notices de Wikipédia consacrées au tankōbon.

Nom japonais

Ce que le mot dit

Format

Ce qu’il apporte

単行本 tankōbon

Livre qui paraît seul

B6, 128 × 182 mm

La première parution en volume, une dizaine de chapitres

ワイド版 wideban

Version large

A5, 148 × 210 mm

Le même contenu en plus grand, courant sur les seinen et les josei

完全版 kanzenban

Version complète

A5, 148 × 210 mm

Les couvertures de chapitre, les pages couleur et les histoires annexes du magazine

新装版 shinsōban

Nouvel habillage

Variable

Une jaquette redessinée, parfois du matériel inédit

愛蔵版 aizōban

Édition qu’on chérit

Grand format

Couverture et papier spéciaux, coffret, tirage limité

総集編 sōshūhen

Recueil général

B5, 176 × 250 mm

Au moins vingt chapitres par volume, les couleurs conservées, des interviews

文庫版 bunkoban

Version de poche

A6, 105 × 148 mm

Beaucoup plus de pages par volume, donc une série bien plus courte à ranger

Le kanzenban est celui que cherchent les lecteurs qui ont découvert une série par l’anime et veulent la version complète du papier. Il rend ce que le tankōbon avait retiré, à savoir les couvertures de chapitre et les pages en couleurs, et y ajoute les histoires courtes parues à côté de la série. Les éditeurs le réservent aux titres populaires, parce qu’un tel travail de restauration ne s’amortit pas sur une série confidentielle.

Le bunkoban joue exactement l’inverse. Il rétrécit la page à 105 × 148 mm, format de poche, mais empile davantage de pages sous une couverture inédite. Une série de vingt tomes en tient dix ou douze. Le dessin y perd en lisibilité, les lettrages surtout, et les grandes cases de bataille se regardent à la loupe. En échange, l’étagère respire.

L’aizōban et le shinsōban se distinguent moins par leur contenu que par leur emballage. Le premier vise le collectionneur, avec papier spécial, coffret et tirage limité ; sa variante haut de gamme s’appelle gōka aizōban. Le second se contente d’un nouvel habillage, souvent l’occasion de redécouper la série en moins de volumes.

Le sōshūhen est le plus étrange du lot. Lancé par Shūeisha en 2008, il reprend le format B5 et le papier recyclé du magazine, ce qui lui laisse ses couleurs intactes, et compile au moins vingt chapitres par volume. L’objet coûte peu et pèse lourd. Il sert à rattraper d’un bloc une série qu’on n’a jamais commencée.

Ce que les éditeurs français en font

Aucune de ces étiquettes ne survit au voyage. Les éditeurs français reprennent le principe et le rebaptisent en anglais, si bien que la couverture ne dit jamais à quelle catégorie japonaise on a affaire.

Dragon Ball montre le mécanisme en entier. L’édition classique de Glénat compte 42 tomes, parus du 17 mai 1993 au 13 septembre 2000, à peu près 192 pages en 11,5 × 18 cm : le tankōbon dans sa définition la plus stricte. Entre 2001 et 2004 est venue une édition double de 21 volumes, deux tomes reliés ensemble et rien de plus. Puis, à partir de 2009, la Perfect Edition, kanzenban français en 34 volumes, avec un format agrandi, un meilleur papier, les jaquettes redessinées par Akira Toriyama, les pages couleur inédites en France et une traduction entièrement refaite.

La même histoire, trois découpages, aucun qui tombe au même endroit que les autres.

Le cas de Naruto chez Kana est plus curieux encore, et il défait au passage l’idée que la France se contenterait d’importer. L’édition Hokage regroupe les 72 tomes de l’édition simple en 36 volumes de 140 × 213 mm, près de 400 pages chacun, imprimés sur papier Munken, avec les pages couleur du Shōnen Jump absentes de l’édition standard et le chapitre pilote de la série. Kana a conçu cette édition pour le marché français, en accord avec Shūeisha, parce qu’il n’existe aucun kanzenban japonais de Naruto. La collection a démarré en 2022 au rythme d’un volume par mois et s’est achevée en juin 2025 avec le tome 36.

Chez Pika, Sailor Moon a suivi le chemin inverse, celui de l’import fidèle. La réédition lancée en 2012 reprend le shinsōban japonais et condense les 18 tomes d’origine en 12 volumes, plus 2 recueils d’histoires courtes. Huit ans plus tard, l’Eternal Edition a resserré le tout en 10 volumes.

Ce que ça change au moment d’acheter

La numérotation ne se reporte jamais d’une édition à l’autre. 42 tomes deviennent 34 chez Glénat, 72 deviennent 36 chez Kana, 18 deviennent 12 puis 10 chez Pika. Le chapitre est la seule unité qui ne bouge pas d’un découpage au suivant.

Qui possède les quinze premiers tomes d’une édition classique et voudrait poursuivre en grand format ne reprend pas au volume 16. Il tombe soit sur des chapitres déjà lus, soit sur un trou. En pratique, changer d’édition en cours de collection revient à racheter le début.

Les couleurs se décident au même moment, puisqu’elles n’existent que dans les rééditions qui les ont restaurées, jamais dans le tome standard. L’encombrement aussi : un bunkoban et un kanzenban de la même série n’occupent pas la même largeur de rayonnage, et l’écart se chiffre en dizaines de centimètres sur une longue série. Reste la traduction, qu’une réédition d’ampleur remet parfois entièrement sur le métier, comme Glénat l’a fait pour Dragon Ball.

Un contrôle rapide suffit à situer une édition sans lire la moindre notice : comparer le nombre de volumes annoncé au nombre de tomes connu de la série. S’il est inférieur, il s’agit d’une réédition regroupée, et la question du format arrive avant celle du prix.

Questions fréquentes

  • Combien de chapitres contient un tankōbon ?
    Une dizaine, pour environ 190 pages. Le nombre varie selon la longueur des chapitres et la place laissée aux bonus.
  • Tankōbon et tome, est-ce la même chose ?
    Oui. Tankōbon nomme en japonais le format du volume relié, que l’édition française reprend sous le nom de tome.
  • Pourquoi les pages en couleurs du magazine deviennent-elles noir et blanc ?
    Le volume est imprimé sur un papier différent et dans un autre gabarit. Seules les rééditions de type kanzenban ou sōshūhen les rétablissent.
  • Kanzenban ou bunkoban, lequel choisir ?
    Le kanzenban agrandit la page et rend les couleurs. Le bunkoban réduit la série à moitié moins de volumes, au prix d’un dessin plus petit.
  • Le terme s’emploie-t-il en dehors du manga ?
    Au Japon, oui. Un roman ou un essai paru en volume est un tankōbon. L’usage occidental l’a réservé à la bande dessinée japonaise.
  • Pourquoi le tome sort-il si longtemps après le chapitre ?
    Il faut accumuler assez de chapitres pour remplir un livre. Chez Jump Comics, cela donne un volume tous les deux à trois mois.
  • Peut-on commencer une série en édition classique et la finir en grand format ?
    Pas sans recoupement. Les découpages ne coïncident pas, et seul le numéro de chapitre permet de savoir où reprendre.
Écrit par Kenji