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Manga

Par quel manga commencer quand on n'en a jamais ouvert un seul

Kenji · 9 min de lecture
Par quel manga commencer quand on n'en a jamais ouvert un seul

Death Note, 12 tomes, chez Kana. L’histoire s’achève en 2006, le premier volume coûte 7,30 € et fait 200 pages. Un lycéen ramasse un cahier qui tue quiconque y voit son nom inscrit, un policier remonte sa piste, et les deux se mentent pendant douze tomes. Aucun combat à suivre, aucun arbre généalogique à retenir.

Cette réponse tient tant qu’on ne sait rien de vous. Elle ne vaut plus grand-chose dès qu’on sait ce que vous regardez le soir, et c’est de là qu’il faut partir. Les douze séries ci-dessous sont toutes achevées, tous leurs tomes sont parus en français, et chacune répond à un goût précis.

Le tableau : partez de ce que vous aimez déjà

Ce que vous aimez déjà

Le manga

Tomes

Éditeur français

Les thrillers à duel mental, les séries où le méchant est le héros

Death Note, Tsugumi Ohba et Takeshi Obata

12

Kana

Le polar adulte, la traque au long cours, l'Europe grise

Monster, Naoki Urasawa

18

Kana

La science-fiction qui demande ce qu'est une conscience

Pluto, Naoki Urasawa

8

Kana

Les grandes aventures avec un vrai dernier chapitre

Fullmetal Alchemist, Hiromu Arakawa

27

Kurokawa

Les films Ghibli, les mondes abîmés, les héroïnes

Nausicaä de la Vallée du Vent, Hayao Miyazaki

7

Glénat

Le cyberpunk, les villes de béton, la SF des années 80

Akira, Katsuhiro Ōtomo

6

Glénat

Les drames d'adolescence qui ne consolent personne

A Silent Voice, Yoshitoki Ōima

7

Ki-oon

Les romances de lycée, quand elles sont écrites finement

Blue Flag, Kaito

8

Kurokawa

Les chroniques de vingtenaires qui ne savent pas quoi faire

Solanin, Inio Asano

2

Kana

La nostalgie, les récits lents, la littérature

Quartier lointain, Jirō Taniguchi

2

Casterman

L'horreur qui met mal à l'aise plutôt qu'elle ne fait sursauter

Spirale, Junji Itō

3

Delcourt/Tonkam

L'anime que vous venez de finir et dont vous voulez la suite

L'Attaque des Titans, Hajime Isayama

34

Pika

Prenez-en un. Le lecteur qui ressort de la librairie avec quatre tomes 1 différents, pour voir lequel accroche, n’en finira aucun, et il aura dépensé une trentaine d’euros pour ça.

Deux précisions sur ce tableau. Monster existe aussi en intégrale chez Kana, neuf volumes doubles au lieu de dix-huit, même contenu. Fullmetal Alchemist se trouve en 27 tomes, mais aussi en Perfect Edition de 18 volumes et en Steel Edition de 13, ce qui déroute quiconque compare des rayons.

Terminée compte davantage que célèbre

Une série en cours engage son lecteur pour des années sans lui dire combien. One Piece paraît au Japon depuis juillet 1997 et comptait 115 volumes en juillet 2026 ; la version française en était à 112 en avril 2026. Les 600 millions d’exemplaires vendus dans le monde en mars 2026 prouvent que le récit tient. Ils ne disent rien de sa date de fin.

Le vrai danger vient d’ailleurs : de la série qui s’arrête sans finir. Nana, d’Ai Yazawa, est suspendue depuis juin 2009 pour raisons de santé, après 21 tomes et une intrigue laissée en plan. Vagabond, de Takehiko Inoue, en est à 37 volumes et n’a plus paru depuis 2015. Hunter × Hunter, de Yoshihiro Togashi, avance par à-coups depuis 1998 et en est à 39 tomes. Kentarō Miura, lui, est mort le 6 mai 2021 en laissant Berserk inachevé ; la série a repris en juin 2022 sous la supervision de son ami d’enfance Kōji Mori et du Studio Gaga, et personne ne sait où elle s’arrêtera.

Ces quatre titres sont excellents. Ils figurent dans presque toutes les listes destinées aux débutants, ce qui revient à faire monter quelqu’un dans un train sans lui dire qu’il n’a pas de terminus.

Quatre entrées, en détail

Un thriller déguisé en manga pour adolescents : Death Note

Le récit a été prépublié dans le Weekly Shōnen Jump de décembre 2003 à mai 2006, puis publié en France par Kana à partir de janvier 2007, dans la collection Dark Kana. L’histoire tient en 12 tomes. Un treizième existe et ne contient aucun chapitre : c’est un recueil de notes sur les personnages, qu’on achète plus tard, ou jamais.

Sa mécanique en fait une bonne porte d’entrée. Chaque chapitre pose un problème et le referme, comme un épisode de série télé. On peut poser le livre à n’importe quelle page et le reprendre trois jours après sans avoir rien perdu du fil. Le dessin de Takeshi Obata est lisible, presque sans effets de manche, et le sens de lecture japonais s’apprivoise en une vingtaine de pages.

Vingt-sept tomes, et une fin écrite d’avance : Fullmetal Alchemist

Hiromu Arakawa a fait paraître sa série de juillet 2001 à juin 2010 et l’a menée exactement où elle voulait. Deux frères tentent de ramener leur mère à la vie, échouent, et le prix de cette erreur occupe tout le reste. Kurokawa la publie en 27 volumes.

Le chiffre intimide un débutant, à tort dans ce cas précis. La série ne s’étire jamais, chaque personnage secondaire sert à quelque chose, et la dernière page referme les portes ouvertes en chemin. Pour vérifier qu’un long manga peut se terminer proprement, c’est la démonstration la plus courte disponible.

Sept tomes qui font mal : A Silent Voice

Yoshitoki Ōima a publié ce récit entre août 2013 et novembre 2014. Un garçon harcèle une camarade sourde, la fait changer d’école, devient à son tour le paria de sa classe, puis apprend la langue des signes des années plus tard pour retrouver celle qu’il a détruite. Ki-oon le publie en 7 tomes ; le premier fait 192 pages et coûte 6,60 €.

C’est le titre qui convainc le plus vite un lecteur persuadé que le manga s’adresse aux enfants. Le livre ne rattrape rien, ne pardonne rien à son personnage principal, et traite la surdité sans une once de condescendance.

Deux tomes pour savoir si le format vous parle : Solanin et Quartier lointain

Solanin, d’Inio Asano, suit un couple de jeunes Tokyoïtes qui n’aiment ni leur travail ni l’idée de le garder trente ans. Kana le publie dans la collection Made In. Quartier lointain, de Jirō Taniguchi, renvoie un homme de quarante-huit ans dans son corps de quatorze ans, quatre mois avant la disparition inexpliquée de son père. Casterman le publie en deux tomes, et le récit a reçu l’Alph’Art du meilleur scénario à Angoulême en 2003.

Ces deux-là ne ressemblent à rien de ce qu’on voit dans les bandes-annonces d’anime. Ils servent à répondre à une question qui n’a rien à voir avec le genre : est-ce que ce format vous parle ?

Ce que ça coûte réellement

Un volume au format courant tourne autour de 200 pages et se vend entre 6 et 8 €. Les éditeurs affichent 7,30 € pour le tome 1 de Death Note chez Kana, 7,65 € pour Blue Flag chez Kurokawa, 6,60 € pour A Silent Voice chez Ki-oon, 8,10 € pour Pluto dans la collection Big Kana. Les grands formats coûtent plus cher : le tome 1 d’Akira en édition originale chez Glénat est à 14,95 €.

Faites le calcul avant d’entrer en librairie. À ce tarif, une série de 12 tomes tourne autour de 90 €, une série de 27 dépasse les 200 €. D’où l’intérêt d’en acheter deux ou trois pour commencer.

Le numérique coûte moins cher, dans des proportions modestes : 4,99 € contre 7,30 € pour le premier Death Note, 5,99 € contre 7,65 € pour Blue Flag. L’écart d’environ 2 € par tome se remarque à partir du dixième. Restent les médiathèques, qui prêtent des mangas : c’est la façon la moins chère de découvrir qu’un titre ne vous plaît pas.

Trois choses à savoir avant d’ouvrir le premier tome

Ça se lit de droite à gauche

On commence par ce qui ressemble à la fin du livre, et dans chaque page les cases se suivent depuis le coin en haut à droite. Le réflexe s’installe en quelques dizaines de pages. Ce n’était pas toujours le cas : si Glénat met en avant, pour son édition originale d’Akira parue en juin 2016, le sens de lecture japonais et les onomatopées sous-titrées, c’est que les éditions françaises antérieures inversaient les planches.

Shōnen, shōjo, seinen ne sont pas des genres

Ces mots désignent le lectorat visé par le magazine qui a prépublié la série, respectivement les garçons, les filles et les hommes adultes. Death Note a paru dans un magazine shōnen sans contenir un seul combat. Monster vient du seinen Big Comic Original. Blue Flag est classé shōnen et raconte une histoire d’amour. L’étiquette vous dit où le récit a été publié, jamais ce que vous allez lire.

Un tome n’est pas un épisode

Il rassemble plusieurs chapitres parus séparément dans un magazine hebdomadaire ou mensuel. C’est pour cette raison qu’une série avance vite au Japon et lentement en France : la traduction et l’impression ajoutent leurs délais, et l’écart se compte souvent en années. One Piece fait exception depuis septembre 2021 : ses chapitres paraissent en français au rythme japonais, sur Manga Plus et Glénat Manga Max.

Questions rapides

Faut-il regarder l’anime avant de lire le manga ?

Aucune obligation, et l’ordre inverse déçoit rarement. Pour Fullmetal Alchemist, Death Note ou L’Attaque des Titans, le manga contient l’histoire complète telle que son auteur l’a écrite, ce qui n’est pas toujours vrai des adaptations animées.

J’ai vu Demon Slayer et je veux la suite

Koyoharu Gotōge a terminé la série en mai 2020, après 23 tomes que Panini Manga publie en français. Le manga vous donnera donc la fin avant l’écran. C’est le seul cas de figure où commencer par une série déjà vue en anime présente un avantage net.

Papier ou application de lecture ?

Le papier reste plus confortable pour une première série. Les doubles pages, fréquentes dans les scènes d’action, tiennent mal sur un écran de téléphone. Une tablette fait l’affaire.

Combien de tomes pour un premier essai ?

Deux ou trois. À la fin du deuxième volume, on sait si l’envie de connaître la suite est là, et l’essai raté coûte 15 € au lieu de 90 €.

Écrit par Kenji